De Leipzig à Berlin

Nous voilà repartis vers l’Est, sur le traces des Anciens.

Depuis la voie ferrée aux alentours de Wurzburg, en basse Franconie, on longe le vignoble. Est-ce là que l’on produit le célèbre vin de Stein dans sa « bockbeutel »?

Nous sommes au pays de Johann Wolfgang von Goethe, qui déclama dans son Wanderlied

Là où nous buvons, où nous aimons, est un riche et libre monde

Leipzig, au carrefour de la Via Imperii, qui menait de Rome à la mer Baltique, et de la via Regia, menant vers l’est vers Kiev, Vilnius et Moscou, et vers l’ouest vers Paris, Bordeaux et l’Espagne, est très tôt devenue une Messestadt, une majeure ville de foire.

La ville a été largement reconstruite après la guerre. Le Speckshof abritait et abrite encore le plus ancien passage de la ville. « Messepalast Specks Hof
Construit dans les années 1908–1911 d’après les plans de l’architecte E. F. Hänsel, comme premier nouveau bâtiment de foire de Leipzig avec passage  commercial. Nommé d’après le marchand et collectionneur d’art Maximilian Speck,qui acquit en 1815 le grand magasin situé au même endroit. Après de graves dommages de guerre, la reconstruction débuta en 1947. Réaménagement du passage en 1982/83« 

le specks hof dans les années 1900

Le voici après reconstruction

Rénové dans les années 90,

Screenshot

on peut maintenant y voir cette fresque murale

Autre lieu intéressant, Auerbachs Keller, cinq fois centenaire,

temple de la tradition culinaire germanique.

« En 2025, la cave Auerbachs Keller de Leipzig fêtera un anniversaire particulier : 500 ans de tradition et d’histoire ! En 1525, le Dr Heinrich Stromer von Auerbach, médecin et professeur d’université de Leipzig, eut l’idée révolutionnaire de servir du vin aux étudiants dans la cave de sa maison. Ce faisant, il posa les bases de l’une des auberges les plus anciennes et les plus célèbres d’Allemagne. Aujourd’hui, la cave Auerbachs est un symbole vivant de la ville et un lieu de rencontre culturel dont l’histoire est inextricablement liée au célèbre poème « Faust » de Johann Wolfgang Goethe. » (communiqué de presse)
Le docteur Faust, personnage semi-légendaire, s’y serait tenu à cheval sur un tonneau en 1535, « dans un épisode héroï-comique immortalisé par une peinture sur bois accompagnée de six vers narrant ce haut fait« . On y trouvait deux peintures sur bois datant de 1625 : Le docteur Faust lors d’un festin d’étudiants et Le docteur Faust chevauchant un tonneau de vin. Ces représentations ont directement inspiré Goethe pour la scène ultérieure.

(lire la scène sur Wikisource dans la tradition de Nerval, p 84 et suivantes)

Ce que l’on peut y voir aujourd’hui

Aux murs, des buveurs de cave

et des assemblées d’hier et d’aujourd’hui.

Ich hätte Lust, nun abzufahren. (J’aurais envie de partir maintenant.)
Faust 1, Szene Auerbachs Keller

Le musée des beaux arts de Leipzig recèle quelques belles choses.

Voici Le Christ à l’Olympe, de Max Klinger, refusant la coupe de vin offerte par Dionysos, scène fantastique et qui peut sembler anachronique (mais après tout les dieux sont immortels) où se confrontent la jouissance aimée des dieux gréco-romains et le sacrifice chrétien.

Voici aussi un mignon paysage de vignes (vendanges sur les côteaux de Sèvres), de Camille Corot (1872)

et des scènes de genre hollandaises du 17ème siècle

détail du joueur de flute Dirck Hals
Le joueur de flûte, Dirck Hals 1635
auberge Egbert Vander Poel 165x (détail)
musiciens Pieter de Hooch 166x
auteur hollandais 1670

Ne quittons pas Leipzig sans un regard sur une belle collection d’étiquettes de bière, collée sur une armoire métallique, vue au musée de la ville dans l’ancien Rathaus.

Leipzig n’est qu’à une heure de train de Berlin, où nous attendent d’autres merveilles.

Quel plaisir de retrouver, à la Berlinische Gallerie (musée d’art moderne), Lovis Corinth, dont nous connaissons les Bacchanales!

Ce « Bacchant » fait partie d’un cycle de onze peintures du « Katzenellenbogen Cycle » (d’après le nom de la collectionneuse Estella K.) que la BG a l’ambition de réunir.

C’est en effet un thème cher à Lovis Corinth, comme le montre ces autres oeuvres

Mais c’est à la Gemalde Galerie que l’on fera la plus belle récolte.

On y trouve de nombreuses scènes de genre du siècle d’or néerlandais, représentant de joyeuses compagnies

Ce buveur là n’est pas joyeux, son verre est vide !

Le buveur de Jacob Backer vers 1634
les 3 musiciens de Diego Velasquez

Jouer de la musique n’empêche pas d’avoir soif

joueurs aux cartes non plus

les tricheurs, Wouter Crabeth II, après 1626

Des messieurs font boire des jeunes personnes,

Ici ce sont de jeunes personnes qui font boire un vieux monsieur (Lott et ses filles, de Joachim Wtewael, 1610 ; et un fragment d’un tableau de Hans Baldung, dit Grien 1520, où l’on ne voit plus que Lott)

Voici aussi des scènes de groupe dans des tavernes et maisons plus ou moins bien tenues

On finira la visite avec ces natures mortes aux bouteilles de l’alsacien Sebastien Toskopff (1597-1657) et au verre de vin d’Anne Vallayer-Coster (1744-1818)

et avec cette fête de Bacchus de Pieter Brueghel le Jeune et Henrick van Balen l’Ancien (avant 1632) illustrant l’antique adage : « sans Cérès et Bacchus, Vénus a froid ».

CHAP

Une étiquette originale vue chez un caviste, et c’est la découverte d’un artiste peu commun : Christophe Heymann, alias CHAP (Christophe Heymann Artiste Peintre)

Une façon imagée de rendre hommage à Christophe Coquard, « artisan négociant » en Beaujolais et Mâconnais, dont cette cuvée « tape-à-l’oeil » pourrait accompagner harmonieusement des cervelles au beurre noir…

Chap, fils du peintre Georges Heymann, a commencé sa carrière dans le vin mais a toujours voulu peindre, ce à quoi il se consacre à temps plein depuis 15 ans. Pas étonnant donc que nombre de ses oeuvres nous parlent, ici au Bon Clos. En voici quelques unes trouvées sur le site christophe-heymann.com. On y croisera des vignerons, des confréries, et des amateurs de vin !

Chap réside à Clermont-l’Hérault, où il expose régulièrement. Sa marque de fabrique, son style ce sont ces tableaux de vie®, sortes de biographies en peinture. On dit que de nombreuses maisons bourguignonnes lui en ont commandé.

A suivre….

Robinson Crusoe

Robinson Crusoe remonté sur les planches ! Cette oeuvre de 1867, qui ne fait pas partie des plus grands classiques habituellement entendus du maitre, vaut bien le voyage, aujourd’hui au théâtre des Champs Elysées, demain à Angers, Nantes, Rennes…

On ne racontera pas l’histoire, que chacun connait, et que Laurent Pelly a adapté à notre époque de migrations en pointant du doigt d’autres sauvages. On pourra en lire une présentation détaillée sur premiereloge-opera.com

Musique magnifique, comme toujours chez Offenbach, dirigée par Marc Minkowski, mais il faudra attendre le 3eme acte, scène 9 pour entendre (enfin ! mais un peu « écourté malheureusement) un air cher aux oreilles des lecteurs du bon clos, le choeur des marins :

Buvons !… Buvons !… Chers compagnons ! Quelle bonne affaire Pour de pauvres gens qui, six mois durant, Ont bu de l’eau claire ! Quelle bonne affaire De boire ce rhum enivrant ! Noyons-nous dans l’ivresse Et narguons l’avenir, Oublions la richesse Que nous pensions saisir. Cette ingrate maîtresse Ne vaut pas nos regrets. Noyons-nous dans l’ivresse Et nous verrons après !

La voici, Salle Favart, en 1986, sous la direction de Michel Tabachnik, et dans une mise en scène de Robert Dhéry, qui prend comme il se doit  des libertés avec le livret !

La partition présente une version assez différente, où il s’agit de briser les fûts et de faire bombance de rhum et wiski (sic) : voir la partition du choeur des matelots ici)

Il existe une version anglaise de Robinson Crusoe, ce qui n’est que justice. Voir le choeur des matelots dans cette langue, sur la chaîne d’OperaRaraOfficial

It’s time to take a liquor break! Six months at sea, no wonder we Want beer or shandy, rum or brandy, It’s the same to me! No time to lose, roll out the booze! Desperate men never say ‘when’!I’d sell my soul to drink a whole Barrel of ale! We’ll drink tonight until we’re tight! Yes, we’ll keep drinking Till we’re stinking! Drink until we cannot stand up! Come on, my lads, drink up, my lads, Drink up, drink up! We’ll drink until we’re tight! We’re getting drunk tonight! We’ll keep drinking till we’re stinking tonight! A pirate’s life is ’ard, Condemned to roam the sea. Shunned and despised by gentlefolk And by society. We’re decent blokes at ’eart, We’re just mischievous elves. Robin Hoods who just rob the rich, Then keep the lot ourselves! Crossbones flying above! It’s the life that we love! Sailing into a scrape! Ready to loot and rape! It’s time to take a liquor break! Six months at sea, no wonder we Want beer or shandy, rum or brandy, We’ll drink tonight until we’re tight! Desperate men never say ‘when’! Fill me up again, then Sleep until we’re sober Then start all over again! Then drink all night Until we’re tight all over again! Men! We’ll drink tonight until we’re tight! We’ll keep drinking till we’re stinking! We’ll drink tonight until we’re tight, Tonight, all night tonight! We’ll get drunk tonight! We may stay tight And never be sober again! We’ll drink tonight!

On trouvera le livret complet en anglais là

En Dalmatie

Cette région de la côte adriatique est une des quatre régions viticoles de la Croatie.

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 » Le Plavac mali, (*)parmi les vins rouges et le pošip, parmi les vins blancs sont les fleurons de la viniculture dalmate. Cependant, c’est le grand nombre de sortes autochtones, comme le kujundžuša, le plavina, le maraština, le bogdanuša, le debit et bien d’autres sortes, dont le potentiel est reconnu par de plus en plus de viniculteurs dalmates, qui attirent l’attention de nombreux passionnés. » (cf le site croatia.hr)
(*) cépage déjà rencontré dans ces colonnes

Avec l’ami slovène Janesz nous y sommes rendus  à la rencontre la belle confrérie des chevaliers du vin croate, qui célébrait son chapitre à Imotski dans le sud du pays.

Janesz avec le grand-duc

C’est Zeljko,  grand amateur de vins et sabreur de champagne, qui nous a accueilli et d’abord conduit dans ses terres de Vodice. Là nous attendaient Ivo, Susana et leurs amis (Maria, qui parle un peu français, Natalia, Zvomko …), là nous avons eu un avant-goût de l’hospitalité croate.

Pour accompagner Prosciutto/pancetta/fromage, asperges (que l’on consomme avec de l’huile d’olive du jardin pressée la veille), Soupe de fèves au lard, Octopus grillé… les vins se succèdent : « debit » lučica réservas 2016, vin jaune foncé après 18 mois de barrique, malvoisie istarska 2023 « festigia »,    » plavac mali  » 2018 de l’île de Hvar, Zlatan plavac 2020…

Après la visite  du moulin à huile, dont le patron est aussi un chevalier amateur de vin, la dégustation va se poursuivre dans la cave à Zeljko, jusqu’à plus soif, en écoutant des chansons françaises ( « rappelle-toi Barbara », « non rien de rien » etc.) dont ces fins gourmets sont friands.

Zeljko en sa cave, prêt à sabher

Imotski est un village situé au fin fond de la Croatie près de la frontière bosniaque, dans une région karstique au paysage impressionnant de collines et de lacs.

La maison d’Ivan Turic, un moine, collectionneur d’oeuvres d’art, est en passe de devenir un musée. Les chevaliers croates en ont la primeur, et nous en ramenons quelques images, comme cette gravure de Friedrich Kraus (1826-1894)

Friedrich Kraus, gravure « ein gastmahl bei tizian » (visite chez Titien).

Nous avons retrouvé le tableau original en couleurs

Sur celle-ci, on reconnait « le roi boit » de Jordaens.

Et voici dans une charmante scène de chasse(?) d’auteur inconnu,

un détail charmant

Voici quelques autres oeuvres découvertes au fil des vignobles, comme ce portrait d Ivan Jerkovic, fondateur du domaine du même nom, , vu par le peintre Denis Kujundzic

ou cette mosaïque des années 70, du temps de la Yougoslavie, vue dans une ancienne coopérative, Imota.

En consultant l’article paru sur le site de la FICB, on en saura plus sur les chevaliers du vin croate et leurs rituels, toujours ponctués par leur devise :

SLOVA BOGU ČAST VINU. (Gloire à Dieu, Honneur au Vin).

Sur le chemin du retour faisons étape à Ljubljana en Slovénie retrouver l’ami Marin. Il nous reçoit chez lui, entouré de tableaux et de bouteilles.

la vie est trop courte pour boire du mauvais vin

On va fêter ces retrouvailles à table à la Gostilna Narobe, une bonne adresse à Trzin, à la déco sympathique !

Y sont affichés les dix commandements de l’aubergiste

A savoir :

  1. Je suis ton aubergiste, ne va pas boire dans une autre taverne !
  2. N’appelle pas l’aubergiste pour rien !
  3. Souviens toi de venir boire chez moi, tous les dimanches et jours fériés ou pas !
  4. respecte l’aubergiste et sa femme si tu veux être bien servi
  5. ne casse rien dans ma maison
  6. n’importune pas les femmes dans ma maison
  7. n’oublie pas les droits de propriété dans ma maison
  8. n’omets pas de dire ce que tu manges, bois et fumes dans ma maison
  9. ne demande pas ce que je ne peux pas te donner
  10. ne demande pas à boire à crédit : méfiance!

Nous y retrouvons aussi l’ami Stefan, industriel, aviateur, producteur de Štefanjak (« žganje iz vino » = brandy).

Décidément, ces slaves du Sud n’ont rien à nous envier. Merci à tous, amis croates et slovènes !

Fritz Wagner

Nous connaissions Eduard von Grützner, nous découvrons, au hasard de nos pérégrinations sur le Net, Fritz Wagner, un peintre bavarois (1896-1939) qu’il a visiblement influencé. Comme lui il a représenté des moines amateurs de vin à la bonne vie…

Le Cardinal entouré de moines à la bibliothèque du cloître
Une lecture intéressante
ein guter Schluck

Né à Munich, il y a vécu, ainsi que sur Frauenchiemsee ( l’ile aux femmes : des bénédictines) voisine.

« Wagner fut l’élève de Karl Roth et Robert Seitz à Munich et fut influencé par Hiasl Maier-Erding. Il entreprit des voyages d’études en Italie, en Hongrie et en Roumanie. « 

C’est aussi un spécialiste des scènes de genre à la manière hollandaise. En voici quelques uns représentant des « civils ».

Et maintenant, une série de buveurs éclairés

Finissons avec ce dégustateur d’huîtres, tableau sur isorel en vente à Nice ces jours-ci.

Prost !

lansquenet (Landsknecht bei Wein trinken)

Et pour ceux qui voudraient en voir plus, voici un lien.

Les clameurs de la vigne

A deux pas du bon clos (le clos des volontaires), à l’espace Saint-Jo de Clamart, ce salon réservé aux vins naturels méritait une visite.

On y a retrouvé l’ami Marcel, venu faire déguster les vins de Clamart (pas naturels pour un sou, il faut l’avouer).

que du bio, du nat(urel),  et des petits domaines (4ha typiquement).
Car le vin Naturel, ça veut dire : Un vin issu de raisins travaillés en Agriculture Biologique certifié, vendangés manuellement. ; un vin vinifié et mis en bouteille sans aucun intrants, additifs, et sans technologies visant à modifier le jus. (d’après le site vins naturels.fr)

Bien nous en a pris car on y a fait de belles rencontres.

Il n’y avait donc que du bio, du nat(urel),  et des petits domaines (4ha typiquement).

Commençons par Alex, qui fait du vin sur un petit terroir de 6 ha à Mareuil dans le Val de Cher.

Nous avons bien aimé son « premier soir » (un gamay en macération de 4 semaines) et ses « trésors perdus » (Chenin vieilles vignes, de garde).

Son voisin de stand Robin a quitté Montpellier pour s’installer dans les P.O. dans son domaine « Sous le Vent« et des raisins achetés à des viticulteurs sélectionnés. Sa bannière : « Sin prisa sin pausa«  que l’on peut traduire en français « qui va piano va sano ».
Après avoir goûté tous ses crus, nous ne sommes pas repartis sans une bouteille de Pipiripips,(mourvèdre et grenache).

 Nous avons rencontré aussi Vincent Thomas qui produit des vins blancs et rouges du côté de Tonnerre. Son marselan (résultat du croisement des cépages cabernet sauvignon et grenache noir, créé en 1961, près de Marseillan par les chercheurs de l’INRA et de l’ENSAM, variété résistante à la sécheresse et aux parasites) est décoiffant.
Et Charles Bouly, du domaine de la Créchette à Ingrandes-le-fresne-sur-Loir, à l’extrême ouest du M&L .

Encore un qui mérite la revoyure (Nul n’est sensé ignorer la Loire !)

La Cave à Janot se situe à Moissat dans le Puy de Dôme, à 20 bornes de Clermont. Avec Cécile, ils font des vins avec des cépages traditionnels comme  le Gamay d’Auvergne et le Plantet noir, mais aussi avec Chardonnay et Pinot noir.

Nous sommes repartis avec la cuvée Chauchard, peut-être pour l’étiquette que l’on doit à l’artiste Jean Chauchard ?

Revenons dans le bassin de la Loire, où nous rencontrons Brendan et Sean (père et fils) Tracey, qui proposent des vins de multiples cépages (Domaine Le Clocher – Les Vins de Sainte Anne). Il y a fort à faire et nous repartons, après une longue pause, avec un pineau d’Aunis.

Il y aurait encore tant à faire, mais la nuit tombe. Une dernière halte chez Shant Zadourian, qui importe des vin d’Arménie. Il y en a tant et tant !

Il est aussi caviste rue Brancion (au 69bis).
Nous repartons avec un  muscateni effervescent, un pet’nat ! 

Et voila le tableau de chasse :

Avec tout ça le film dont la projection était prévue est passé à l’as. N’importe, le DVD Wine Calling (le vin se lève !) est offert, on le regardera à tête reposée. Merci donc aux organisateurs, Sébastien Hommet qui propose des aventures oenotouristiques avec Oenowalk, et Fabrice Mury du Café du Marché, restaurant clamartois.

Initials GG (mots croisés)

Nous affectionnons les grilles géantes de l’été de Gaétan Goron, verbicruciste au Nouvel Obs, après l’avoir été à Libé. Encouragé par l’enthousiasme de ses fans, il a pris le challenge d’en convoquer une douzaine chez un caviste du père Lachaise, et de construire une grille en direct, sur le thème du vin, avec eux.
Le vin a son vocabulaire, et les amateurs de mots croisés en rencontrent bien souvent sous des définitions réjouissantes.
André Deyrieux en a recensé une cinquantaine avec les définitions correspondantes de Michel Laclos, dans un article récent :Cruciverrebiste. Donnons en une : le pays du goût, en 7 lettres…
Les mots du vin sont bien plus nombreux. Martine Courtois en a dénombré plus d’un millier (les mots du vin et de l’ivresse, chez Belin),

et encore sans puiser dans l’immense lexique des noms de cépages (plus de 20000).

C’est un sujet que nous avons déjà abordé : voir les mots pour le boire, ou encore rouge-bord, un mot quasiment disparu qu’on n’entend plus guère.

On s’installe. On compte bien sur l’inspiration des canons servis généreusement par le maitre des lieux, Gaylord Van Wymeersch, qui privilégie les  « vins d’auteurs et vins d’artisans ». 
Il nous en a fait déguster quelques uns.

Celui de droite, « Mon coeur » de la cidrerie du golfe (du Morbihan), est une cofermentation de jus de pomme et de gamay. Résultats, 7° d’alcool, robe rouge clair, goût pommé évidemment, et ça pétille ! Réjouissant !
Son étiquette nous a un petit air de déjà vu (mais pas bu) : Bon sang mais c’est bien sûr, elle est sur le Bon Clos : c’est l’ouvrier ivrogne du Boulon, un ballet de Chostakhovitch, 1931 ).

Le suivant est un Mauzac de 2017, un Gaillac bien élevé nommé Zaucma du domaine des Causses Marines. Mais concentrons nous, il y a fort à faire.

On commence  par lister une bonne cinquantaine de mots qui pourront nous inspirer. 

On part sur une grille de 12 lignes et d’une dizaine de colonnes. « Gueule de bois » pour le 1 vertical, et Effervescent pour le 12 Vertical font l’unanimité.

En 1 horizontal,  quelqu’un propose « grenouille » , un cru du Chablisien. Pourquoi pas. On pourra donner une définition genre « a de la cuisse du côté de Chablis ».
Plus on avance, plus ça se complique. Heureusement, on a les cases noires, à consommer avec modération. Et jamais 2 côte à côte ! Il en faut une en (2,2), du coup on peut placer tanin, et if (accueille les cadavres en cave) !

Difficile de se rappeler dans quel ordre les mots sont placés. Longue hésitation avant d’opter pour « épépinée », en ligne 6. « Liège » trouve sa place (bouche-trou ?), « rosier » aussi ( lanceur d’alerte en tête de rangée de ceps, car première victime d’une attaque d’oïdium).

Ca commence à coincer grave. Gaylord fait déguster deux autres crus : un Sémillon du Périgord (pure S du domaine Jonc Blanc) et un assemblage Syrah Cabernet franc.
 In vino veritas ! On forme 2 groupes, espérant que la vérité jaillira de l’un ou des deux.

 Philtre finit par s’imposer (celui d’amour est sûrement alcoolisé !)
En bas de grille, pas d’autre choix que Sénégal. Ca va être difficile de trouver une définition ad hoc. Mais non : on y fait du vin depuis 2021 (le clos des baobabs –véridique)

Au bout de 2 heures, on arrive au bout. Il manque encore une lettre à côté d’un G. C’est le moment où Gaétan en plante triomphalement un deuxième : GG, ses initiales ! Il avait prévu le coup depuis le début en s’ingéniant à laisser cette case vide. Il vient marquer son terr(it)oir(e), c’est la clé de voûte, la cerise sur le gâteau…

Et voilà le travail !

Il lui restera à trouver des définitions en rapport avec le thème. On a mis quelques propositions en italique dans ce texte, mais, pour certains mots ce ne sera pas évident. Bon courage Gaétan ! Et merci d’avoir organisé cette sympathique séance.

Et merci aussi à Gaylord et sa cave des collines !

La mode est une fête

Une exposition est consacrée actuellement au Musée des Arts Décoratifs à Paul Poiret, un créateur de mode connu pour avoir « décorseté » la femme, au début du 20ème siècle.

L’exposition rend compte des fêtes spectaculaires organisées par le couturier à travers plusieurs costumes. Sont évoquées Les Festes de Bacchus et la fameuse fête de La Mille et deuxième Nuit. Poiret y invite ses amis artistes (Kees van Dongen ou encore Dunoyer de Segonzac) avec le tout-Paris mondain. Ces soirées sont des moments de sociabilité dont la presse de l’époque se fait l’écho. Ils constituent aussi des évènements publicitaires pour sa maison de couture. (cf bulletin Sequana n°33 2008)

C’était donc un sacré noceur, ou du moins un organisateur de fêtes spectaculaires, comme ces Bacchanales  en juin 1912 au pavillon Butard à la Celle-Saint-Cloud, un relais de chasse abandonné que Poiret rénova spécialement pour l’évènement..

Ce pavillon a été construit par l’architecte Gabriel pour Louis XV, dans les années 1750.

N’entrait pas qui voulait.

Le programme, reproduisait les festivités royales du Grand Siècle :`« divertissement offert au Dieu, par les Faunes, les Dryades, les Satyres, les Ménades, les Muses, les Centaures, les Nymphes et les Aegypans aussi bien que par toutes les autres Divinités, des Air de la Terre et de l’Onde, les Zéphyrs, les Heures et les Saisons dans la Forest de la Celle-Saint-Cloud au Rendez-vous du Butard. »

Le programme était particulièrement riche : concerts, ballets, danseries, pantomimes,etc.

Et voici les époux Poiret en couple divin (Jupiter et Junon)

C’était une autre époque !

P.S. L’histoire ne s’arrête pas là puisqu’un demi-siècle plus tard des « ballets roses » étaient organisés à la « petite folie de Butard », alors résidence secondaire du président de l’Assemblée Nationale. Merci à l’ami Alain (P) de nous le signaler.

Vous avez dit… anachronisme ?

Voici un tableau rapporté de Naples par l’ami Alain : c’est une représentation contemporaine (2020) des Noces de Cana.

L’auteur est Stefano di Stasio, un « formidable créateur de paradoxes visuels, de duperies, de mystères, d’énigmes qui se cachent dans la réalité apparente, quotidienne. », nous dit la galerie placido.com

« Stefano di Stasio (Naples, 1948) est considéré comme l’un des artistes les plus importants du mouvement anachronisme et l’un des protagonistes des artistes qui sont revenus à la peinture qui a caractérisé les vingt dernières années du XXe siècle. » apprend-on sur artsper.com

L’anachronisme en art n’a rien de nouveau, on pourra consulter l’ouvrage de Robert de la Sizeranne (1894) sur Wikisource pour s’en convaincre. On peut le voir de deux façons : représenter la scène antique et légendaire avec des personnages portant des habits modernes, voire dans des décors modernes ; ou tout simplement représenter ce genre de scène au 21ème siècle, à la manière des maitres anciens…

Ce tableau-ci, manifestement inspiré par les pélerins d’Emmaüs du Titien, a été vu tout récemment en septembre 2025 au salon art3f à Paris.

Son auteur est la peintre estonienne Sanda Mezeka, qui vit et travaille en Suisse. « Ancrée dans la tradition, inspirée par l’éternel » est son motto.

Bien plus moderne ce petit tableau signé W, vu dans la même expo ?

Avec Robert Doisneau

Robert Doisneau fait partie de ces compagnons de route qui documentent nos souvenirs et nous rendent présentes les saisons enfuies. Une exposition assez complète de son oeuvre photographique se tient ces temps-ci au musée Maillol (jusqu’au 19/10 !).

Nous en avons rapporté quelques images qui devraient plaire aux lecteurs du Bon Clos : scènes de bistrot, buveurs… il y a quelques surprises. Merci, Doisneau, merci.

Comme cette photo de Sabine Azéma, portant un gilet joliment orné de grappes blanches (1985)

ou celle-ci d’Isabelle Huppert, se faisant servir un canon au bar, dans un café du Faubourg Saint Martin, en 1985 encore.

On découvre Antoine Blondin à Bercy, en 1987.

Remontons le temps, voici Jacques Prévert, au jardin public,

Plus loin encore, une joueuse d’accordéon, dans un bouillon de la rue Tiquetonne, en 1953

et ce « consommateur aux jambes croisées », saisi en 1951

Finissons avec le bien connu Coco, à la Belle Etoile, rue Xavier Privas (1952),

et, le reconnaitra-t-on ?

Orson Welles, en 1949 « aux chasseurs » (176 faubourg Saint Denis, aujourd’hui un resto indien).

« Comme un vol criard d’oiseaux en émoi, Tous mes souvenirs s’abattent sur moi«